Le nouveau PDG d’EDF officiellement nommé, avant un hiver tendu

Luc Remont (D) le 4 septembre 2014, alors président de Schneider Electric France, avec la ministre de l'Écologie Ségolène Royal, et le président-directeur général de Schneider Electric Jean-Pascal Tricoire, à Rueil-Malmaison, en région parisienneafp.com - Miguel MEDINA

Le Conseil des ministres a entériné mercredi la nomination de Luc Rémont à la tête d’EDF, entreprise que le gouvernement français a choisi de renationaliser pour relancer le nucléaire mais qui dans l’immédiat peine à produire suffisamment d’électricité.

La nomination de cet ingénieur polytechnicien de 53 ans, cumulant l’expérience des cabinets ministériels avec un passage par la banque d’affaires Bank of America Merill Lynch puis chez Schneider Electric, avait été annoncée par l’Elysée le 29 septembre.

Il succède à Jean-Bernard Lévy, 67 ans, aux manettes d’EDF depuis 2014 et qui s’en va avant d’avoir atteint la limite d’âge. Son départ anticipé avait été annoncé cet été en même temps que le prochain retour d’EDF dans le giron des entreprises détenues à 100% par l’Etat.

Implanté à l’étranger, en Italie, au Royaume-Uni, en Belgique ou encore au Brésil, et brassant 84 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021 pour 167.000 salariés, EDF, premier producteur d’électricité d’Europe, avait été privatisé en 2004-05.

Mardi soir, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a validé le projet de rachat par l’Etat des 16% d’EDF manquants, ouvrant la voie à une prise de contrôle total pour 9,7 milliards d’euros.

L’OPA se déroulera du 24 novembre au 22 décembre, a précisé mercredi l’AMF, au prix de 12 euros l’action, contesté par les petits actionnaires, essentiellement salariés et anciens salariés d’EDF.

Peu connu du grand public, Luc Rémont a déjà commencé à plancher sur les chantiers qui attendent l’entreprise, parfois comparé à un Etat dans l’Etat.

« C’est peut-être la mission d’une vie », a-t-il commenté, interrogé au Parlement avant sa nomination le 26 octobre, annonçant qu’il acceptait d’être moins payé que chez Schneider et ce de façon « très significative ». Le salaire du PDG d’EDF est fixé par décret à 450.000 euros annuels brut.

Il a alors reconnu un contexte « critique à court terme ». « Dans ce contexte de crise énergétique, EDF traverse elle-même une crise sérieuse, d’ordre technique et industriel, qui accentue la tension sur l’offre d’énergie », a-t-il constaté.

L’urgence est connue: la moitié du parc nucléaire français est indisponible en raison de maintenances programmées mais parfois prolongées, ou de problèmes de corrosion. Tout l’enjeu sera de faire redémarrer suffisamment de réacteurs pour répondre aux pics de consommation dans l’hiver.

« Mon objectif est de tenir la demande exprimée par RTE (le gestionnaire du réseau de transport d’électricité) d’une production nucléaire comprise entre 38 et 40 GW au 1er décembre » et « entre 45 et 50 GW au 1er janvier », a promis M. Rémont dans des réponses écrites aux parlementaires.

– « Pas beaucoup de marges de manoeuvre » –

Vendredi dernier, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE a averti que l’approvisionnement du réseau électrique français avait un risque « élevé » d’être tendu en janvier.

Même s' »il y n’aura pas de black out », « on n’a pas beaucoup de marges de manoeuvre », a assuré la présidente de la Commission de régulation de l’énergie Emmanuelle Wargon et des coupures ciblées ne sont pas exclues si l’hiver est froid ou la consommation pas suffisamment réduite lors des alertes Ecowatt.

Au-delà de l’hiver, d’autres chantiers structurels attendent le nouvel homme fort d’EDF.

A moyen et long termes, M. Rémont aura à gérer le branchement de l’EPR Flamanville qui accuse dix ans de retard et les énormes investissements à venir pour construire six nouveaux réacteurs et des petits réacteurs de type SMR, selon la feuille de route fixée par le président Emmanuel Macron dans son discours de Belfort en février 2022.

Il devra aussi remettre d’équerre les finances du groupe, pénalisées cette année par le bouclier tarifaire protégeant ses clients. Dans son viseur également, cet ancien proche de Thierry Breton veut une réforme « profonde » des règles du marché européen, et le découplage des prix de l’électricité de ceux du gaz qui ont connu une envolée avec la guerre en Ukraine.

En interne, il devra composer avec la méfiance, notamment de la CGT qui redoute un démantèlement de l’entreprise, renationalisée avec une dette record approchant des 60 milliards d’euros et qui aura besoin de subventions publiques pour construire les nouveaux EPR.

La CGT craint la séparation entre l’activité historique nucléaire et les renouvelables.

Elle est aussi prête à se battre contre le projet de suppression du régime spécial de retraite qui reconnaît la pénibilité et permet d’anticiper le départ en retraite à 57,5 ans.

LE JV2 AVEC AFP

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