Journée d’action de magistrats, avocats et greffiers contre « une justice au rabais »


Manifestation à Paris de magistrats le 22 novembre 2022afp.com - Emmanuel DUNAND

Magistrats, avocats et greffiers se sont mobilisés mardi contre une « justice au rabais », un an après une retentissante tribune qui avait étalé au grand jour leur « souffrance » au travail.

Quelque 200 personnes se sont ainsi rassemblées sur le parvis du tribunal judiciaire (TJ) de Paris scandant notamment « des moyens pour la justice » ou encore « justice au rabais, justice en danger », a constaté une journaliste de l’AFP.

La présidente du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) Kim Reuflet et l’ancienne présidente de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) Céline Parisot ont lu le texte signé par 19 organisations syndicales ou professionnelles appelant à une « mobilisation générale contre une justice au rabais ».

Le texte dénonce le « dilemme intenable » auquel sont confrontés les magistrats : « Juger vite mais mal ou juger bien mais dans des délais inacceptables ».

« Si des recrutements de magistrats et de fonctionnaires de greffe sont prévus pour 2023, ils sont largement insuffisants et aucun plan d’action clair n’a été défini comme l’exigerait pourtant l’urgence de la situation », ont rappelé Mmes Reuflet et Parisot.

A Strasbourg, environ 150 personnes dont le président du TJ se sont réunies sur les marches du tribunal. Les audiences correctionnelles, à juge unique ou en collégiale, ont été renvoyées, « avec le soutien et la compréhension du barreau ». A Pontoise, environ 100 personnes étaient rassemblées tandis qu’à Toulouse, ce sont une centaine de personnes qui étaient réunies. « Les personnels sont de plus en plus en souffrance, des mesures ont été prises mais ne règlent pas les problèmes immédiatement », a déploré Christine Khaznadar, déléguée régionale de l’USM pour l’Occitanie.

A Bordeaux où siège l’Ecole nationale de la magistrature (ENM), il n’y a pas eu en revanche de rassemblement.

« Les collègues, tant magistrats que fonctionnaires, n’ont même pas l’énergie d’être dans une mobilisation », a expliqué Marie-Noëlle Courtiau-Duterrier, vice-procureure et représentante de l’USM. Son collègue Denis Roucou, premier vice-président du tribunal et représentant du SM, a évoqué de son côté « une lassitude grandissante ». « Ce qu’on ne fait pas aujourd’hui, il faudra le faire après. Donc on a déjà des difficultés qui durent, ce serait en rajouter après », a-t-il dit.

Il y a tout juste un an, la tribune signée par 3.000 magistrats avait créé un électrochoc et alerté sur les conditions de travail d’une institution rongée par une « grave perte de sens ». Ecrit après le suicide d’une jeune collègue, le texte a aujourd’hui été paraphé par près de 8.000 magistrats, auditeurs de justice et greffiers.

– « Délabrement avancé » –

Lancées par le gouvernement, les consultations des Etats généraux de la justice ont conforté ce diagnostic en concluant à « l’état de délabrement avancé » de l’institution, auquel le ministère a tenté de répondre en décrochant, pour 2023, une troisième hausse consécutive de 8% de son budget annuel.

« Avec ce budget de presque 10 milliards d’euros, le ministère de la Justice poursuit son changement de dimension avec des moyens à la hauteur de ses missions », avait estimé fin septembre le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, qui doit bientôt dévoiler un nouveau plan d’action.

L’exécutif s’est par ailleurs engagé à recruter 10.000 magistrats et personnels de justice supplémentaires d’ici à la fin du second quinquennat Macron et a annoncé une hausse de salaire de 1.000 euros mensuels en moyenne pour les juges judiciaires.

La tribune des 3.000 a « permis d’enclencher de nombreuses actions », assure-t-on à la Chancellerie.

En décembre 2021, magistrats et greffiers étaient déjà descendus dans la rue pour dire la « désespérance » de ceux qui rendent la justice au quotidien, un sentiment relayé au sommet de la hiérarchie judiciaire dont plusieurs représentants s’étaient alors mobilisés.

Plus récemment, mi-octobre, le décès d’une magistrate de 44 ans, Marie Truchet, en pleine audience de comparution immédiate à Nanterre a provoqué une nouvelle onde de choc. Une minute de silence a été observée dans plusieurs juridictions et l’USM a pointé les conditions de travail « particulièrement difficiles » à Nanterre.

Jeudi, ce tribunal a reçu la visite, rarissime, et le soutien des deux plus hauts magistrats français, le premier président de la Cour de Cassation Christophe Soulard et le procureur général près la Cour de Cassation François Molins. « Le constat de la souffrance du monde judiciaire n’est plus tabou », a assuré à l’AFP M. Molins. « On en parle à tous les échelons judiciaires. Mais au-delà de ce constat, est-ce qu’il y a des choses qui avancent ? »

LE JV2 AVEC AFP

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