Le candidat Trump fera-t-il cavalier seul?

Donald Trump dans son club de Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, lors de sa déclaration de candidature à la présidentielle de 2024, le 15 novembre 2022 afp.com - ALON SKUY

Pour la « grande annonce » de sa nouvelle candidature présidentielle, Donald Trump avait soigné le décor: une rangée d’immenses drapeaux américains, une vaste salle à colonnes, des militants chauffés à blanc sur des chaises dorées. C’est pourtant tout autre chose qui a été remarquée: les absents.

Pas de cadre du parti républicain, d’élu influent ou de sénateur… Après les piètres performances des candidats du milliardaire aux élections de mi-mandat, quasiment aucune personnalité de la droite américaine n’a fait le déplacement jusqu’au luxueux club de Mar-a-Lago mardi soir.

« Trump leur a coûté trois élections (en 2018, 2020 et 2022) et ils préféreraient ne pas le laisser en gâcher une quatrième, en 2024 », estime Larry Sabato, professeur de sciences politiques à l’université de Virginie.

Le patron d’une entreprise d’oreillers qui nie fermement la réalité de l’élection de Joe Biden, un allié sulfureux de Donald Trump connu pour son tatouage de Richard Nixon dans le dos… Mardi, la foule regorgeait plutôt de ces personnages hauts en couleur, qui gravitent autour de Donald Trump depuis sa défaite à la présidentielle de 2020.

Signe que l’étoile du milliardaire, qui avait ces derniers mois regagné son emprise sur le parti républicain, a pâli, « le manque d’enthousiasme pour la troisième campagne présidentielle de Trump se fait sentir même au sein de sa famille proche », remarque le politologue auprès de l’AFP.

Ni son fils Don Jr., ni sa fille adorée Ivanka – une de ses plus proches conseillères à la Maison Blanche durant son mandat – n’ont participé à cette annonce en grande pompe.

Quelques minutes après l’officialisation de la candidature de son père, Ivanka Trump s’est même fendue d’un communiqué. « J’aime beaucoup mon père », a-t-elle déclaré. « Mais cette fois-ci (…) je ne prévois pas de m’impliquer en politique ».

– « Moins d’agitation » –

L’entrée dans la course à la Maison Blanche de Donald Trump, qui ne suscitait plus aucun doute, a été couverte a minima par certains médias conservateurs.

Fox News, l’une des chaînes les plus regardées des Etats-Unis et qui consacrait jusqu’à peu des heures d’antenne à Donald Trump, a choisi de le couper en plein discours.

Le New York Post, quotidien qui a une place prépondérante chez les conservateurs américains, a lui quasiment snobé l’annonce de Donald Trump.

« A 720 jours de la prochaine élection, un retraité de Floride a annoncé par surprise sa candidature à l’élection présidentielle », a écrit, de façon ironique, le quotidien à sa 26ème page.

Les deux médias, propriétés du groupe de médias conservateurs de la famille Murdoch, ont choisi de braquer leurs projecteurs vers un autre résident de Floride, le gouverneur Ron DeSantis. Le quadragénaire, nouvelle star de la droite dure et susceptible de défier Donald Trump pour l’investiture républicaine, était lui aussi logiquement absent mardi soir.

– Candidat-rebelle –

Mais n’enterrez pas Donald Trump trop vite, avertissent ses alliés.

La plupart des sondages donnent encore l’ancien président, très à l’aise avec les foules, gagnant d’une primaire républicaine et une marée de casquettes rouges continue d’affluer à ses meetings.

L’influent sénateur républicain Lindsey Graham a ainsi jugé mardi soir que Donald Trump serait « difficile à battre », pour peu qu’il « continue à adopter ce ton ».

« Le noyau dur de la base qui a soutenu Trump pendant six ans lui restera en grande partie fidèle », prédit Larry Sabato.

Arrivé au pouvoir en novembre 2016 dans un scénario politique inédit qu’aucun ou presque n’avait prédit, Donald Trump pourrait d’ailleurs être tenté de jouer de cette position de candidat-rebelle, si les défections dans ses rangs venaient à se poursuivre.

Le milliardaire new-yorkais n’a d’ailleurs pas manqué mardi de rejouer sa partition bien connue d’un leader proche des Américains – majoritairement blancs, plutôt âgés – pas comme ces « élites » de Washington, qu’il se plaît à moquer.

« Ce sera notre campagne à tous », a-t-il promis à ses partisans mardi soir. « La seule force assez forte pour vaincre la corruption massive à laquelle nous sommes confrontés, c’est vous, le peuple américain », a-t-il assuré.

LE JV2 AVEC AFP

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