Italie: le journaliste Saviano jugé pour diffamation envers Giorgia Meloni

Combinaison des portraits du journaliste italien Roberto Saviano (g) et de la Première ministre italienne Giorgia Meloni afp.com - Alberto PIZZOLI, Andreas SOLARO

Un procès opposant la cheffe du gouvernement italien d’extrême droite Giorgia Meloni au journaliste d’investigation Roberto Saviano s’ouvre mardi, l’auteur anti-mafia étant accusé de diffamation pour l’avoir violemment critiquée en 2020 sur sa position sur les migrants.

Le parti Fratelli d’Italia de Mme Meloni était dans l’opposition à l’époque, mais il a pris le pouvoir le mois dernier après une large victoire électorale motivée en partie par sa promesse d’arrêter le flux de migrants à travers la Méditerranée.

M. Saviano, surtout connu pour son best-seller international sur la mafia, « Gomorra », risque jusqu’à trois ans de prison.

Mme Meloni, en déplacement à Bali, en Indonésie, pour le G20, ne sera pas présente à l’audience.

L’affaire remonte à décembre 2020 lorsqu’on a demandé à l’écrivain dans une émission politique un commentaire sur la mort, lors d’un naufrage, d’un bébé de six mois en provenance de Guinée.

Le nourrisson, Joseph, était l’un des 111 migrants secourus par le navire humanitaire Open Arms, mais il est décédé avant d’avoir pu recevoir des soins médicaux.

Dans des images tournées par des sauveteurs et montrées à M. Saviano lors de l’émission, on peut entendre la mère du bébé pleurer « Où est mon bébé ? Au secours, je perds mon bébé ! »

Il avait alors pointé du doigt Mme Meloni et Matteo Salvini, le chef de la Ligue anti-immigration, désormais membre de son gouvernement de coalition.

« Je veux juste dire à Meloni, et à Salvini, vous êtes des salauds! Comment avez-vous pu? », a lancé M. Saviano dans l’émission.

Mme Meloni avait déclaré en 2019 que les navires d’ONG humanitaires qui secourent les migrants « devraient être coulés », tandis que M. Salvini, en tant que ministre de l’Intérieur la même année, avait bloqué l’arrivée de ces navires en Italie.

– « Résolument grotesque » –

L’association d’écrivains PEN International qui défend la liberté d’expression a envoyé une lettre ouverte à Mme Meloni cette semaine, l’exhortant à retirer sa plainte.

M. Saviano, 43 ans, a déclaré à l’AFP que le procès était une « confrontation inégale, résolument grotesque », tandis que des groupes de défense de la liberté de la presse ont averti qu’il envoyait un « message glaçant » aux journalistes.

Pour l’auteur, sous protection policière depuis la publication de « Gomorra » en raison des menaces de la mafia napolitaine Camorra, les poursuites engagées contre lui visent à « en intimider un pour en intimider cent ».

« Il sera encore plus difficile (pour les journalistes) de rendre compte de ce qui se passe » si leurs paroles sont « jugées lorsqu’ils critiquent le pouvoir et ses politiques inhumaines », a déclaré M. Saviano.

Les groupes de défense de la liberté de presse estiment que de tels procès sont symboliques d’une culture en Italie dans laquelle des personnalités publiques, souvent des politiciens, intimident les journalistes avec des poursuites judiciaires à répétition.

L’Italie se trouve au 58e rang du classement mondial de la liberté de la presse 2022 publié par Reporters sans frontières, le niveau le plus bas d’Europe occidentale.

Le procès de mardi n’est pas le seul auquel M. Saviano doit faire face pour diffamation. Il a été poursuivi en 2018 par Matteo Salvini après l’avoir appelé « Il Ministro della Malavita », ou ministre de la pègre. Ce procès doit s’ouvrir en février.

LE JV2 AVEC AFP

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