Ecologie, droits humains… La F1 est un « accélérateur de changements », se défend son patron

Le président et directeur général de Formula 1 Group, Stefano Domenicali, lors de la cérémonie de peinture de la ligne de départ et d'arrivée du Grand Prix de Formule 1 de Las Vegas, Nevada, le 5 novembre 2022 afp.com - WADE VANDERVORT

Répondant aux critiques sur l’empreinte carbone de son championnat et sur son essor dans des pays accusés de bafouer les droits humains, le président de la F1 Stefano Domenicali se défend dans un entretien à l’AFP: « la F1 est un accélérateur de changements ».

« Si on n’était pas là, on parlerait moins de ces pays, ce serait plus négatif », assure le patron de la F1, à propos du Bahreïn, d’Abou Dhabi, de l’Arabie saoudite et de l’Azerbaïdjan, qui accueillent depuis quelques années la catégorie-reine du sport automobile et seront rejoints en 2023 par le Qatar.

Alors qu’a lieu ce week-end au Brésil l’avant-dernière manche du Championnat 2022, l’Italien, rencontré à Mexico fin octobre, met en avant « le carburant durable » en réponse aux critiques sur l’empreinte carbone.

Sportivement, la saison 2021 a été extraordinaire avec le duel Verstappen-Hamilton, mais cette année, le Néerlandais a tué tout suspens. N’y a-t-il pas un risque de lassitude?

« Non, je ne pense pas. Toutes les courses ont été à guichets fermés. Et puis Verstappen et Red Bull ont fait un travail magnifique, peut-être que les autres ont fait des choses moins bien. Si d’autres équipes avaient fait moins d’erreurs, on aurait eu une situation très différente (…). Je suis sûr que l’année prochaine, on aura un championnat très serré. Et, dans tous les cas, on a déjà vendu un nombre de billets incroyable ».

Vingt-quatre Grands Prix sont programmés en 2023, un record. Est-ce la limite?

« Avec 24, on approche de la limite. Mais on ne peut jamais dire que c’est terminé. La F1 a eu des périodes avec 17 Grands Prix vraiment difficiles à trouver. Aujourd’hui, nous en sommes-là car notre succès est incroyable. Mais si on doit trouver un équilibre, je pense que 24 c’est bien. Il y a beaucoup d’autres pays qui voudraient accueillir un Grand Prix. Demain matin, on pourrait signer avec sept ou huit autres pays en plus. Mais on ne peut pas le faire ».

Quatre courses au Moyen-Orient (le Qatar va rejoinre Bahreïn, Abou Dhabi et l’Arabie saoudite), une en Azerbaïdjan: que répondez-vous à ceux qui critiquent votre présence dans des pays accusés de bafouer les droits humains?

« On dit la même chose à chaque fois. Nous sommes un système très ouvert. Il y a des pays qui veulent changer les choses, et on pense qu’être là porte un coup de projecteur pour que les choses changent. On travaille avec les Nations unies, il n’y a aucun problème, on n’a rien à cacher. (…) Ce n’est pas mon rôle de discuter de politique, mais ces pays veulent changer de cultures, qui sont millénaires, est-ce que vous pensez que c’est possible du jour au lendemain? La F1 est un accélérateur de changements. Si on n’était pas là, on parlerait moins de ces pays, ce serait plus négatif ».

Vous vous positionnez donc comme la Fifa au Qatar pour sa Coupe du monde, avec une problématique similaire?

« Je ne pense pas. J’ai lu des choses sur la Fifa et le Qatar qui n’ont rien à voir avec notre situation avec le Qatar. La piste est là depuis dix ans (le circuit de Losail pourrait néanmoins être remplacé par un nouveau dans le futur, NDLR). On doit avoir une approche très sérieuse, on vérifie, quand on va dans un pays, que le promoteur respecte certains points. Si le promoteur ne les respecte pas, il y a des clauses dans le contrat, qui peut se terminer immédiatement ».

 Par ailleurs, la F1 compte être neutre en carbone d’ici 2030, cela semble paradoxal alors qu’il y a plus de courses au calendrier et que la F1 voyage à travers le monde entier?

« On a une responsabilité importante, la F1 peut pousser pour le changement dans un cadre mondial. On va utiliser dans le futur un carburant durable. Nous sommes un championnat mondial, donc pour aller partout dans le monde, nous avons une empreinte carbone. Mais on pense qu’avec le carburant durable, cela sera résolu. On a des objectifs et on pense peut-être les atteindre avant. Dans le cadre de notre mobilité, il y a le bateau, l’avion, et jamais ils n’utiliseront l’électrification totale. Donc on va utiliser le carburant durable pour avoir un effet plus important. Aussi, avec tous les promoteurs, on a un programme d’utilisation d’énergie renouvelable. En piste, on a les moteurs hybrides les plus performants, les plus efficients au monde ».

Les F1 seront-elles 100% électriques un jour?

« Je ne pense pas. Le sport a deux éléments très importants, technique et passionnel. Si on n’a pas cette combinaison, on perd tout ».

LE JV2 AVEC AFP

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