Alaa Abdel Fattah « sous traitement médical » selon l’Egypte

Le militant égyptien Alaa Abdel Fattah, le 17 mai 2019 au Caireafp.com - Khaled DESOUKI

Le détenu politique égypto-britannique Alaa Abdel Fattah, en grève de la faim depuis sept mois dans sa prison près du Caire, est désormais « sous traitement médical », a annoncé jeudi l’autorité pénitentiaire à sa famille, faisant craindre qu’il soit nourri de force.

« Il faut que notre mère puisse le voir, ou un représentant de l’ambassade britannique pour que nous puissions savoir dans quel état de santé il se trouve vraiment », a lancé sur Twitter sa soeur, Mona Seif.

Depuis qu’Alaa Abdel Fattah a cessé de boire dimanche, le jour de l’ouverture de la COP27 en Egypte, sa mère Laila Soueif se rend chaque jour à la prison de Wadi Natroun, à 100 kilomètres au nord-ouest du Caire, sans parvenir à obtenir des nouvelles.

La famille s’inquiète: Alaa a-t-il été transféré vers une autre prison, vers l’hôpital de la prison ou n’est-il tout simplement plus en état d’être vu?

Jeudi, un officier est sorti de la prison pour dire à sa mère que le détenu était « sous traitement médical » et que « le parquet en avait été informé ». Ni la famille, ni les avocats n’ont été prévenus, accuse Mona Seif. Et aucun détail n’a été donné sur ce « traitement médical ».

– « Nourri de force » –

Pour Hossam Bahgat, fondateur de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), la plus grande ONG des droits humains du pays, « cela veut dire qu’il est nourri de force ».

Redoutant cette éventualité, dès mercredi, sa tante, l’écrivaine Ahdaf Soueif, réclamait son transfert « en urgence à l’hôpital universitaire de Qasr al-Aini », le plus grand établissement public de santé du Caire, arguant que l’hôpital de la prison n’était pas équipé pour traiter un patient qui n’a ingéré que 100 calories par jour durant sept mois.

Alors que ses défenseurs ne lui donnent que quelques jours à vivre – à moins qu’il ne soit nourri de force, ce qui est considéré par le droit international comme de la « torture » et même un « crime contre l’Humanité – la mobilisation s’accentue.

Jeudi matin, habillés de blanc comme les prisonniers égyptiens, des centaines de participants à la COP27 à Charm el-Cheikh, à plus de 600 km au sud de Wadi Natroun, ont scandé « Libérez Alaa! » et « Libérez les tous! » en référence aux plus de 60.000 détenus politiques que compte l’Egypte, selon les ONG.

Cette question, ultra sensible en Egypte, 136è sur 139 pays au classement mondial de l’Etat de droit du World Justice Project, est désormais incontournable à la COP27.

Sous la pression de la société civile et face au danger imminent de mort d’Alaa Abdel Fattah, plusieurs dirigeants occidentaux ont réclamé sa libération au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.

– « Libérez Alaa! » –

Face à la mobilisation internationale, la contre-campagne s’organise.

Un député a pris à partie Sanaa Seif, l’autre soeur d’Alaa Abdel Fattah, à la COP27 avant d’être expulsé par la sécurité de l’ONU. La représentation égyptienne à Genève a protesté contre l’ONU qui a dénoncé des « procès inéquitables » et des « arrestations arbitraires ».

Un avocat a porté plainte contre Sanaa Seif pour « conspiration avec l’étranger » et « fausses informations », rapporte la campagne qui milite pour la libération d’Alaa Abdel Fattah.

Le parquet doit encore décider s’il reçoit cette plainte, mais c’est pour le même chef d’accusation de diffusion de « fausses informations » que son frère a été condamné à cinq années de prison fin 2021.

Il avait partagé un post, écrit par quelqu’un d’autre, accusant un officier d’avoir tué un détenu sous la torture.

Jeudi matin, ils étaient malgré tout des centaines à scander: « Libérez tous les prisonniers politiques! », « Libérez Alaa » et « pas de justice climatique sans droits humains ».

« You have not yet been defeated », « Tu n’as pas encore été vaincu » en anglais, proclamaient banderoles et slogans, le titre du livre d’Alaa Abdel Fattah.

« Nous menons cette action pour attirer l’attention sur ceux qui sont rendus invisibles, cachés derrière de hauts murs, incarcérés dans le pays qui accueille la COP27 et partout dans le monde », a expliqué à l’AFP l’un des organisateurs, George Galvis.

LE JV2 AVEC AFP

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