Egypte: l’inquiétude grandit sur le sort du militant emprisonné Alaa Abdel Fattah

Le militant égyptien Alaa Abdel Fattah, le 17 mai 2019 au Caireafp.com - Khaled DESOUKI

Le sort d’Alaa Abdel Fattah, le détenu politique le plus célèbre d’Egypte, en grève de la faim, suscitait une inquiétude grandissante lundi au moment où des dirigeants du monde entier sont rassemblés à Charm el-Cheikh pour la COP27.

Le cas de ce militant pro-démocratie égypto-britannique, âgé de 40 ans, sera évoqué lors du sommet de l’ONU pour le climat, où sa soeur Sanaa Seif est présente, a assuré le Premier ministre britannique Rishi Sunak, car il est « une priorité ».

« J’espère voir le président Sissi aujourd’hui. Bien sûr j’aborderai cette question. C’est un cas que de nombreux pays, et pas seulement le Royaume-Uni, veulent voir résolu », a déclaré M. Sunak à des journalistes en marge de la COP27.

Depuis début avril, Alaa Abdel Fattah, bête noire du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, n’ingérait qu’un verre de thé et une cuillère de miel par jour dans sa prison de Wadi al-Natroun, au nord-ouest du Caire.

Figure de la révolution de 2011, incarcéré plusieurs fois depuis 2006, il a totalement cessé de s’alimenter mardi dernier et de boire dimanche, alors que s’ouvrait la COP27 à Charm el-Cheikh, à l’autre bout du pays.

Lundi, trois journalistes égyptiennes ont annoncé entamer une grève de la faim pour réclamer sa libération.

« Nous arrêtons de nous nourrir maintenant parce qu’Alaa Abdel Fattah est en danger de mort », a expliqué à l’AFP Mona Selim, lors d’un sit-in au syndicat des journalistes au Caire avec Eman Ouf et Racha Azab.

Elles réclament « la libération de tous les détenus d’opinion », qui sont plus de 60.000 en Egypte, selon les ONG.

Les militants présents à la COP27 multiplient les posts sous le mot-clé #FreeAlaa sur les réseaux sociaux et plusieurs orateurs de la société civile ont terminé leurs allocutions par la phrase « You have not yet been defeated », le titre du livre d’Alaa Abdel Fattah, préfacé par l’autrice altermondialiste canadienne Naomi Klein.

– « Plus beaucoup de temps » –

« Il n’y a plus beaucoup de temps, au mieux 72 heures, pour libérer Alaa Abdel Fattah. Si (les autorités égyptiennes) ne le font pas, cette mort sera dans toutes les discussions à la COP27 », prévenait dès dimanche la secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard.

A Beyrouth, une centaine de personnes ont manifesté lundi devant l’ambassade britannique.

« Alaa est un symbole dans le monde arabe », a affirmé la journaliste et militante Diana Moukalled, qui brandissait un portrait en noir et blanc du militant accompagné du mot-clé #FreeAlaa. « Il incarne la lutte du monde arabe contre les régimes autoritaires depuis 12 ans ».

Abdel Fattah, ingénieur de formation et blogueur pro-démocratie, qui a été pendant des années de toutes les révoltes en Egypte, a été condamné fin 2021 à cinq ans de prison pour « diffusion de fausses informations ».

Il a été une figure de proue du mouvement syndical Kefaya dans les années 2000, puis de la révolution de 2011 qui renversa Hosni Moubarak, des défilés monstres contre l’islamiste Mohamed Morsi deux ans plus tard et enfin des manifestations contre Abdel Fattah al-Sissi.

Depuis sa prison, il est devenu « le symbole de l’arbitraire du régime », affirme Agnès Callamard.

Selon Amnesty, depuis que l’Egypte a réactivé sa Commission des grâces présidentielles en avril, 766 prisonniers d’opinion ont été libérés.

Mais 1.540 autres sont entrés en prison, dont Sherif al-Roubi, une figure de la gauche réincarcéré après avoir bénéficié de cette grâce, note l’ONG.

« Le président avait annoncé une initiative qui devait mettre fin aux incarcérations pour délit d’opinion mais en réalité, c’est le contraire », renchérit Mme Selim.

Si sa Constitution garantit la liberté de la presse, l’Egypte compte une trentaine de journalistes incarcérés. Selon Reporters sans frontières (RSF), Le Caire est 168e sur 180 au classement de la liberté de la presse 2022.

Le premier séjour derrière les barreaux d’Alaa Abdel Fattah remonte à 2006 sous Hosni Moubarak.

Il y est retourné sous le maréchal Mohammed Tantaoui, dirigeant de facto du pays entre 2011 et 2012, sous Morsi puis sous le président Sissi depuis 2019.

C’est depuis sa cellule qu’il est devenu citoyen britannique, en pleine grève de la faim entamée le 2 avril.

LE JV2 AVEC AFP

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