De la COP27 à Twitter, Macron tente de s’afficher en bon élève de l’écologie

Le militant écologiste ivoirien Andy Costa, Tamarah Moutotekema Boussamba et Emmanuel Macron lors de la COP27 à Charm el-Cheikh en Egypte, le 7 novembre 202afp.com - Ludovic MARIN

Emmanuel Macron a tenté lundi à la COP27 en Egypte d’endosser le costume de l’élève « exemplaire » de la lutte contre le changement climatique, avant d’enchaîner les rendez-vous pour afficher son bilan environnemental, face à des militants déjà déçus par ce début de quinquennat.

Arrivé au sommet de l’ONU sur le climat à Charm el-Cheikh, le président français a assuré que l’Europe et la France étaient sur la bonne « trajectoire » pour tenir leurs « objectifs » de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et il a pointé du doigt ailleurs.

« Il faut qu’on ait les Etats-Unis et la Chine qui soient vraiment au rendez-vous » de cette « bataille », a-t-il estimé. « Les Européens payent » mais « on est les seuls à payer », et il faut donc « mettre la pression sur les pays riches non européens, leur dire +vous devez payer votre part+ », a-t-il insisté.

« L’urgence climatique est bien là », a-t-il ensuite martelé à la tribune de la COP27, défendant son tryptique « sobriété énergétique », « énergies renouvelables » et relance du nucléaire, et plaidant pour que les pays émergents sortent « au plus vite » du charbon.

Le chef de l’Etat a aussi défendu la solidarité financière avec les pays les plus pauvres exposés aux effets dévastateurs du réchauffement, mais en demandant à « un groupe de sages de haut niveau » des propositions d’ici le printemps pour réformer le système financier international.

« Nous n’avons plus le luxe de perdre du temps », a protesté après son discours Clément Sénéchal, de Greenpeace France, estimant qu’Emmanuel Macron « paralyse » ainsi la COP27 en privilégiant cet « énième dialogue parallèle » plutôt qu’un accord immédiat à Charm el-Cheikh.

Surtout, « aucune mesure précise n’a été prononcée dans ce discours en Égypte concernant les émissions de CO2 françaises ou européennes, pourtant beaucoup trop élevées », a déploré le militant.

Seul a trouvé grâce aux yeux de l’association écologiste l’engagement d’Emmanuel Macron à plaider pour une interdiction de l’exploitation des grands fonds marins.

Le discours international sera suivi, mardi à Paris, par des travaux pratiques à l’échelle nationale: une réunion à l’Elysée avec les industriels français les plus émetteurs de gaz à effet de serre pour les inciter à hâter leur « décarbonation ». En parallèle, Emmanuel Macron s’est engagé, dans une vidéo sur Twitter, à répondre cette semaine aux questions des Français sur « le défi écologique ».

– « Deux fois plus vite » –

Après un premier mandat contrasté en matière environnementale, il avait promis de passer à la vitesse supérieure. Le second quinquennat « sera écologique ou ne sera pas », avait-il lancé en avril, fixant l’objectif d’aller « deux fois plus vite » pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

A l’Élysée, on met en avant de premiers résultats pour montrer que les actes sont au rendez-vous des promesses, comme le plan pour la sobriété qui permet déjà d' »économiser 10% de notre énergie », le vote au Sénat du projet de loi sur les éoliennes et le photovoltaïque, ou la présentation d’un texte pour accélérer le nucléaire.

Pas à la hauteur, répondent en choeur les opposants de gauche et les défenseurs de l’environnement.

Lors d’un échange avec des jeunes africains et français engagés pour le climat à Charm el-Cheikh, le président français a été interpellé sur l’absence de vraie taxation des « profits record » des groupes énergétiques.

« Ces profits sont criminels, ce sont des crimes contre l’humanité », lui a lancé Nathan Méténier, l’un des jeunes conseillers du secrétaire général de l’ONU sur le changement climatique.

« Je partage totalement la description que vous avez faite », a répondu Emmanuel Macron. Pour aussitôt botter en touche en expliquant qu’une taxation n’aurait de sens qu’à l’échelle mondiale, ce pourquoi il a assuré se « battre ».

La semaine dernière, une décision a illustré, aux yeux de la gauche, l’absence de réelle volonté de l’exécutif, quand il a passé à la trappe des amendements pourtant adoptés par l’Assemblée nationale pour augmenter de 12 milliards d’euros les aides à la rénovation thermique des logements.

Anne Bringault, du Réseau Action Climat, note aussi que les émissions de gaz à effet de serre de la France, pourtant condamnée pour « inaction climatique », sont toujours « loin » de la bonne trajectoire.

Et ce alors même que « plusieurs mesures néfastes pour le climat ont été prises depuis le début de ce quinquennat », ajoute-t-elle, évoquant la réouverture de la centrale à charbon de Saint-Avold, un projet de nouveau terminal méthanier au Havre, des soutiens à l’achat de carburant pour tous « qui ont bénéficié davantage aux ménages les plus aisés ».

LE JV2 AVEC AFP

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