COP27 : Financements, énergie, adaptations, quels sont les enjeux pour l’Afrique ?

Alok Sharma, président de la COP26, à l'ouverture de la COP27 en Égypte le 6 novembre. AP/ Peter Dejong.

L’Afrique est le continent le plus vulnérable aux effets du changement climatique. Elle ne contribue pourtant qu’à hauteur de 3% à l’émission mondiale des gaz à effet de serre. Cette « injustice climatique » sera au cœur des débats de la COP27 qui se tient sur le continent, à Charm el-Cheikh (Égypte), du 6 au 18 novembre. En cinq points, on vous présente les enjeux de la conférence des Nations unies sur le climat pour les pays africains.

  • Financements, le nerf de la guerre

C’est l’enjeu principal de cette COP27. Cyril Ramaphosa, le président sud-africain, s’est d’ailleurs attaqué au sujet en amont de la conférence. Il a rappelé que son pays avait besoin « de financements beaucoup plus importants que ce qui a été mis sur la table ». Il cible à ce sujet les pays occidentaux et les pays riches : « Nous devons demander des comptes aux économies développées en veillant à ce qu’elles honorent les engagements financiers qu’elles ont pris ». Le montant promis en 2009, 100 milliard de dollars d’aide par an pour permettre au pays du Sud de s’adapter, n’a toujours pas été atteint. 
 
Eve Bazaiba, ministre de l’Environnement en RDC, abordait aussi dans une interview sur TV5Monde la réalisation nécessaire des engagements des pays du Nord, comme « le G20, à lui seul responsable des 80 % des pollutions mondiales ». Elle évoquait un rôle différencié dans le financement de la lutte contre le changement climatique, en fonction des moyens et des responsabilités historiques.

Ces déclarations reflètent le sentiment des dirigeants et experts africains, qui attendent un soutien financier bien plus développé de la part des pays riches dans cette lutte. « Les flux financiers internationaux pour l’adaptation aux changements climatiques dirigés vers les pays en développement sont 5 à 10 fois inférieurs aux besoins estimés, et l’écart continue de se creuser », signalait ainsi un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement.
 
Toutefois, Chukwumerije Okereke, chercheur sur les questions environnementales et directeur du Centre pour le climat et le développement au Nigeria, décrit un espoir mitigé de voir les choses évoluer à cette COP. Il pointe le climat politique défavorable dans les pays occidentaux, de l’Italie aux États-Unis. « Par exemple, aux États-Unis, les choses ne vont pas particulièrement bien pour les Démocrates, selon les sondages des « midterms ». La température politique n’est donc pas favorable à une action beaucoup plus offensive en faveur des pays en développement. L’Occident traîne maintenant les pieds pour venir en aide aux pays pauvres », développe-t-il.
 

 Plutôt que de dire « Arrêtez d’utiliser votre gaz », nous devons augmenter massivement les investissements dans les énergies renouvelables en Afrique
Chukwumerije Okereke, directeur du Centre pour le climat et le développement au Nigeria.

La manière dont ces financements fonctionnent sera aussi un enjeu lors de la COP. Par exemple, le professeur Okereke insiste sur le fait qu’ils ne devraient pas alourdir les dettes des pays africains. 
 
Andrew Amadi, ingénieur à la tête de l’Association kenyane pour les énergies renouvelables, évoque un autre problème, qui concerne le décalage d’échelle. « D’un côté, vous avez des investissements qui se chiffrent en milliards de dollars, parce que cela a plus de sens du point de vue du coût du capital. Mais les projets qui sont développés en Afrique sont très petits. Il y a donc des investisseurs qui ne veulent même pas regarder ces projets parce qu’ils sont trop réduits pour être viables ». 
 
Une partie de la solution pourrait se trouver pour lui du côté du numérique, qui aiderait à agréger des projets locaux, pour les rendre intéressants aux yeux des investisseurs. Ces démarches permettraient aussi de décentraliser le système, et le rendre plus adapté aux besoins locaux. « Cela permettrait d’accélérer le rythme auquel les projets peuvent être déployés en Afrique », appuie-t-il. 

  • Vers un dispositif de « pertes et préjudices » ?

Depuis quelques décennies, les institutions climatiques utilisent le concept de « pertes et préjudices ». Il se rapporte aux dommages causés par le réchauffement climatique, des conséquences des cyclones à celles de la hausse du niveau de la mer. Les pays en développement demandent aux Occidentaux, responsables de la majorité des émissions de gaz à effet de serre, de participer financièrement à lutter contre ces préjudices dans les pays pauvres. Il s’agit par exemple d’aider les victimes de catastrophes climatiques, de plus en plus nombreuses, notamment en Afrique. 
 
La proposition de créer un nouveau système de financement avait été bloquée à la dernier COP à Glasgow. Les pays en développement, comme les pays africains, espèrent le remettre sur la table cette fois-ci. 

« Le premier combat est de savoir si la question va être à l’ordre du jour. Le deuxième est de savoir si un dispositif financier spécifique sera établi. Et le troisième combat est de savoir, même s’il est établi, quand deviendra-t-il opérationnel ? », résume Chukwumerije Okereke. 
 
Dans le processus permettant sa mise en place, le chercheur craint le manque de volonté politique des pays occidentaux, et marginalement la désunion des pays africains sur la question. Selon lui, certains pays en développement considèrent ainsi qu’il serait plus facile et rapide de se reposer sur les systèmes préexistants, sans créer celui spécifiquement nécessaire pour les pertes et préjudices. À cet égard, Paris s’est aussi dit « ouvert » à la question, tout en s’opposant à la création d’un nouveau fonds. 
 

Qu’il s’agisse de géothermie, d’hydroélectricité, de biomasse ou d’énergie éolienne, l’Afrique dispose d’un énorme potentiel
Andrew Amadi, ingénieur à la tête de l’Association kenyane pour les énergies renouvelables.
  • L’adaptation, parent pauvre en matière d’investissements

Chukwumerije Okereke, chercheur au Nigeria, et Andrew Amadi, ingénieur au Kenya, se rejoignent pour demander davantage d’efforts et d’investissements en termes d’adaptations. L’adaptation, qui s’attaque aux effets du changement climatique, s’oppose à « l’atténuation », qui réduit ses sources, comme les gaz à effet de serre. « Dans le cadre de la diplomatie et des négociations sur le climat, l’accent a été mis sur la réduction des émissions de carbone, ce qui est bien sûr essentiel. Mais l’adaptation est également très importante et n’a pas reçu beaucoup d’attention. Dans certains cas, la répartition entre le financement de l’adaptation et de l’atténuation est de l’ordre de 30 versus 70 %. », explique le professeur Okereke. 
 

Cette année, le Kenya a été touché à la fois par la sécheresse et la montée des eaux. AP/ Brian Inganga.Andrew Amadi cite notamment la question des systèmes hydrauliques en Afrique, qui devrait être davantage abordée.  
 
Il met ainsi l’accent sur la technologie, à rebours des solutions court-termistes comme l’aide d’urgence en cas de sécheresses. À titre d’exemple, l’ingénieur décrit le développement de pompes à eau solaires au Kenya, qui participent à la fois à la sécurité alimentaire, aux circuits économiques, à l’utilisation d’énergies renouvelables et à l’inclusion des communautés locales.

  • Énergies : entre gaz et renouvelables

Un premier point d’achoppement entre les pays africains et les pays occidentaux a trait au gaz. Le professeur Okereke souligne ainsi une « duplicité » de l’Europe à ce sujet : avant la COP26, considérant que le gaz n’était pas une énergie propre, certaines institutions ont arrêté de financer des investissements gaziers en Afrique. Mais le Vieux continent revoit désormais son discours, alors que la guerre en Ukraine menace ses propres ressources. 
 

L’un des aspects intéressants de la lutte contre le changement climatique est que si vous êtes entreprenant et stratégique, votre voix peut être entendue
Chukwumerije Okereke, directeur du Centre pour le climat et le développement au Nigeria.

C’est un facteur problématique pour des États comme le Sénégal, le Nigeria ou le Mozambique. « De nombreux pays africains ont subi des pressions pour que le gaz ne fasse plus partie de leurs ressources énergétiques. Et ils ont le sentiment que c’est un acte de colonialisme climatique. Ils recherchent donc une diplomatie beaucoup plus nuancée, une meilleure compréhension, une souveraineté énergétique, la possibilité de prendre leurs propres décisions », explique-t-il. 

« Plutôt que de dire « Arrêtez d’utiliser votre gaz », ce que nous devons faire, c’est augmenter massivement les investissements dans les énergies renouvelables en Afrique. Et, à mesure que les prix baissent et que l’innovation technologique se généralise, les énergies naturellement renouvelables pourraient finir par concurrencer les autres », poursuit le chercheur. 
 
Le manque de développement des énergies renouvelables en Afrique sera donc aussi un sujet de cette COP. Selon le professeur Okereke, le continent ne reçoit par exemple que 2% des investissements mondiaux en termes d’énergies renouvelables solaires, malgré ses capacités importantes sur ce point. 
 
Andrew Amadi appelle plus globalement à un changement de perspective. « On croit encore à tort que les énergies renouvelables sont plus chères, parce le coût initial est élevé. Mais si vous regardez sur la durée, alors c’est vraiment économique. Qu’il s’agisse de géothermie, d’hydroélectricité, de biomasse ou d’énergie éolienne, l’Afrique dispose d’un énorme potentiel qu’elle peut créer, développer ou industrialiser grâce aux énergies renouvelables. Et ce qu’il faut, c’est un changement de mentalité. Nous voulons donc avoir une discussion plus équilibrée et basée sur des données concernant le coût réel de l’énergie ».

  • Faire entendre la voix de l’Afrique

Les pays africains, particulièrement affectés par le changement climatique et ses ravages, poussent pour que les autres États « reconnaissent davantage l’impact du changement climatique en Afrique », d’après le professeur Okereke. Sécheresses, inondations, insécurité alimentaire, … Le continent vit déjà avec ces conséquences, et se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale.
 
Il est donc urgent pour les Africains que les ambitions en matière de lutte contre ce changement soient revues internationalement à la hausse. La trajectoire actuelle promet un réchauffement de 2,5°C à 2,6°C d’ici 2030, malgré l’objectif d’1,5°C de l’Accord de Paris de 2015. 

Le fait que la conférence se déroule cette fois sur le continent, et a été présentée comme une « COP africaine », pourrait aider à aller dans ce sens. Arlette Soudan-Nonault, ministre congolaise de l’Environnement et du Développement durable, l’a relevé sur notre antenne samedi 5 novembre.

Malgré son poids géopolitique minoré, l’Afrique peut ainsi espérer peser sur le débat. Chukwumerije Okereke affirme : « L’un des aspects intéressants de la lutte contre le changement climatique est que si vous êtes entreprenant et stratégique, votre voix peut être entendue. L’association des Petits États insulaires en développement par exemple, s’est imposée grâce à une communication cohérente ou la formation de coalitions. Toute voix africaine qui est distincte, claire, cohérente et bien positionnée sera entendue. Le président de l’Afrique du Sud ou du Sénégal en sont de bons exemples ». 

LE JV2 AVEC AFP

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