À quoi va servir la conférence du climat qui s’ouvre en Égypte  ?

La COP27 aura lieu dans la cité balnéaire de Charm el-Cheikh sur les bords de la mer Rouge, en Égypte. Photo du 20 octobre 2022. © Sayed Sheasha, Reuters

Lentes, complexes, inefficaces : de nombreux activistes jugent durement le bilan des conférences sur le climat alors que les États ne respectent pas leurs engagements pour maintenir le thermomètre sous la barre fatidique des 2 degrés celsius d’ici la fin du siècle. Dans ce contexte, la COP27 qui débute dimanche en Égypte est-elle condamnée à décevoir ?

Censées répondre aux défis posés par le changement climatique, ces grand-messes sont toutefois régulièrement pointées du doigt pour leur manque de résultats. En témoigne, la récente sortie de la militante suédoise Greta Thunberg qui a qualifié les conférences des Nations unies pour le climat de machines à « greenwashing […] pas vraiment destinées à changer le système ».

« L’une des raisons principales qui explique ces critiques est que l’on ne voit pas les effets concrets des engagements pris. Il y a un manque de suivi et de redevabilité sur les moyens qui ont été engagés », analyse Sébastien Treyer, directeur de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), qui cite l’exemple du pacte sur le méthane ou encore de l’alliance sur la finance lors de la COP26 de Glasgow en 2021. Cette dernière initiative visait à mobiliser de grandes institutions financières contre le changement climatique.

Pour leurs détracteurs, les COP n’ont tout simplement servi à rien ou presque. La preuve : les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 45 % depuis le début des années 90, la biodiversité n’a fait que perdre du terrain pendant que le réchauffement climatique s’est accéléré provoquant des vagues de chaleur intense, des incendies dévastateurs et des inondations historiques.

Pire, les engagements des États ne sont pas tenus. Signé en 2015 lors de la COP21, l’Accord de Paris qui prévoyait de contenir le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, n’est pas respecté. Avec les politiques actuelles, c’est un catastrophique + 2,8°C qui se profile. « Pitoyablement pas à la hauteur », a fustigé fin octobre le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

Difficile de croire que la prochaine COP pourra inverser la tendance dans un contexte de crise énergétique et de tensions entre les deux plus grands pollueurs de la planète : la Chine et les États-Unis.

Une COP dite de « transition »

S’il ne faut pas s’attendre à un miracle à l’issue de la COP27, ce nouveau rendez-vous est utile à plusieurs égards. D’abord, il doit permettre de préparer le terrain à des échéances futures. En effet, les négociations climatiques sont si complexes qu’elles nécessitent régulièrement des COP dites de « transition ».

« Cette COP prépare le premier bilan mondial en 2023 qui doit faire le point sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Il s’agit notamment de définir les critères utilisés pour jauger les progrès effectués », détaille le chargé de campagne Climat pour Greenpeace, Clément Sénéchal, quelques heures avant son départ pour Charm el-Cheikh.

Première COP à se dérouler en Afrique, continent le moins pollueur de la planète, la réunion devrait être un jalon dans l’histoire de la justice climatique. Les pays les plus vulnérables au changement climatiques ont en effet l’intention de faire bloc lors ce rendez-vous pour demander des comptes aux pays industrialisés.

En 2009, les pays riches s’étaient engagés à verser 100 milliards par an aux États les plus pauvres à partir de 2020 pour financer leurs actions de lutte contre le changement climatique. Or aujourd’hui cette aide plafonne à 80 milliards bien loin des 340 milliards annuels nécessaires à l’adaptation d’ici à 2030, selon l’ONU.

« Nous sommes dans un moment géopolitique extrêmement compliqué où les pays du Sud montrent leur défiance envers les pays occidentaux. On espère que l’Allemagne et le Canada, qui animent le groupe des pays du Nord sur ce sujet arriveront avec des engagements beaucoup plus précis pour renouer la confiance avec le Sud qui a d’énormes besoins d’investissements », décrypte Sébastien Treyer.

De l’utilité des COP

Et c’est sans doute l’une des plus grandes forces de ces conférences sur le climat : permettre aux pays les plus vulnérables de parler d’égal à égal avec les États développés. « C’est le seul forum multilatéral où cette discussion a vraiment lieu », souligne Clément Sénéchal. Revers de la médaille : les décisions sont adoptées à l’unanimité. « Chaque pays a un droit de veto, on atterrit donc en général sur le plus petit dénominateur commun ».

« L’enceinte multilatérale est imparfaite mais c’est la meilleure que nous ayons », résume Sébastien Treyer qui insiste sur l’importance de « passer des accords au plus haut niveau » pour accélérer la transition écologique.

Mobilisation de la société civile, sensibilisation de l’opinion publique, les COP ont aussi pour vertu de faire émerger une culture commune autour des grands enjeux climatiques entre des pays très différents.

Les COP encouragent « l’apprentissage collectif et le partage d’expérience », assure Sébastien Treyer, de l’IDDRI. « La difficulté de sortir du charbon existe en Afrique du Sud, en Indonésie, elle a existé en Allemagne. Il est important que ces pays puissent en parler et comprendre comment lancer des négociations politiques et sociales complexes pour engager la transition ».

« Les COP permettent aussi de maintenir des canaux diplomatiques ouverts sur des sujets qui ont des implications géopolitiques critiques. Le changement climatique conduit à des déplacements de population, des tensions autour des ressources naturelles et remet en cause des intérêts puissants », note Clément Sénéchal, de Greenpeace. « Sans cela, l’alternative, c’est la guerre et les rapports de force au niveau international », conclut-il.

LE JV2 AVEC AFP

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