Burkina Faso et Mali feront-ils front commun face à la menace djihadiste ?

Ibrahim Traoré accueilli par le colonel Assimi Goïta, le 2 novembre à Bamako, Mali.  © capture d'écran TV5MONDE

Pour son premier déplacement hors du Burkina Faso après sa prise de pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré a choisi le Mali. Une rencontre qui a lieu dans un contexte sécuritaire très difficile pour le Burkina Faso mais également pour le Mali. Quelles sont les attentes des deux voisins vis-à-vis l’un de l’autre ? Peuvent-ils faire front commun contre la menace djihadiste ?

Le capitaine Ibrahim Traoré a choisi le Mali pour son premier déplacement à l’étranger depuis son coup d’État du 30 septembre. Une visite « d’amitié et de travail » où les questions sécuritaires ont été abordées au cours d’un tête-à-tête d’un peu plus de deux heures à Bamako le 2 novembre. Les deux pays vivent dans un contexte sécuritaire difficile, en butte à des attaques de différents groupes djihadistes.

La visite du dirigeant burkinabè, un mois après son prédécesseur qu’il a renversé, a été apprise non sans une certaine fierté au Mali. Sur les réseaux sociaux, de nombreux Maliens estiment que le capitaine Traoré a bien fait de choisir le Mali pour sa première destination. Ils considèrent que le Mali est devenu incontournable dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, et cette visite les confirme dans cette opinion.

Les Maliens ont appris l’arrivée du capitaine Traoré un jour avant son départ de Ouagadougou. L’information a été révélée sur les réseaux sociaux par les proches de la junte et confirmée à la presse par la présidence.

Ce fut tout le contraire à Ouagadougou. Il n’y a pas eu de communication officielle avant que le capitaine Traoré ne soit dans l’avion qui l’emmenait à Bamako. Le Mali étant considéré comme un allié, le déplacement a été bien perçu et répercuté par la presse. De nombreux quotidiens ont mis la photo des deux dirigeants putschistes en Une.

Faire face aux attaques djihadistes

Le capitaine Traoré est venu accompagné du chef d’état-major général des armées burkinabè, David Kabré, et de son ministre de la Défense, Kassoum Coulibaly. Car, comme l’expliquait une source proche du président de la transition burkinabé, il allait être question « d’améliorer la coopération opérationelle avec les Maliens ».

Le Burkina Faso est en proie à des attaques djihadistes fréquentes et meurtrières. Plus de 40% du territoire échappe au contrôle de l’État, notamment du côté des frontières avec le Mali et le Niger.

Le Mali est également la proie d’attaques terroristes. Tout récemment, il a subi des attaques djihadistes dans le nord, dans les régions de Menaka et de Gao.

Les deux dirigeants ont tous les deux pris le pouvoir en promettant de battre les groupes djihadistes. Mais comment y parvenir ?

La France ou la Russie ?

Le Mali a poussé vers la sortie les troupes françaises présentes sur son territoire depuis 2013 et s’est tourné vers la Russie pour l’aider à combattre ces groupes avec notamment la présence d' »instructeurs » russes qui, selon les pays occidentaux, sont des mercenaires du groupe paramilitaire Wagner.

Le Burkina Faso n’a pas rompu avec l’armée française qui a continué à participer aux côtés de l’armée burkinabè à la lutte anti-djihadiste.

400 soldats français sont toujours stationnés dans une base à Kamboinsin. Mais le sentiment anti-français grandit au Burkina Faso. Fin octobre, plusieurs centaines de personnes manifestaient à Ouagadougou contre la présence française brandissant des drapeaux russes. Les deux Instituts français du pays ont été saccagés.

« Cette visite d’amitié et de travail vise à renforcer l’axe Ouagadougou-Bamako », avait souligné la présidence du Burkina Faso dans un communiqué publié le 2 novembre. « Le Chef de l’État burkinabè entend insister sur le renforcement de la coopération bilatérale et la mutualisation des moyens de combat ».

Sécuriser la frontière

Telle était également l’intention du précédent dirigeant burkinabè, le colonel Sandaogo Damiba, qui avait rencontré le colonel Assimi Goïta début septembre. Il avait évoqué l’idée de mettre en place des patrouilles conjointes le long de la frontière – les deux pays partagent 1 200 kilomètres de frontières – voire la nomination d’officiers de liaison à Bamako et Ouagadougou.

Des propositions qui sont restées à l’état de projets car, selon un ex-proche du dirigeant burkinabè cité par l’hebdomadaire Jeune Afrique, « les Maliens se méfiaient un peu de nous car ils nous suspectaient d’être proches de la France. »

Le nouveau Premier ministre burkinabé, Appolinaire Kyelem de Tembela, évoquait dimanche 30 octobre à la télévision nationale des relations historiques avec la Russie. « C’est en 1967 que les relations ont été nouées entre l’ex-URSS et la Haute-Volta » nom du Burkina Faso à l’époque.

« Peut-être qu’avec la nouvelle donne (sécuritaire) nous réexaminerons nos rapports avec la Russie pour voir s’il faut la renforcer dans un secteur ou pas, s’il faut la réorienter dans l’intérêt du Burkina Faso et dans le respect de sa souveraineté », a-t-il ajouté.

Mais, a-t-il averti, « ce n’est pas à la rue de nous dire de faire ceci ou cela ».

LE JV2 AVEC AFP

 

 

 

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