Giorgia Meloni s’est-elle vraiment convertie à l’Europe ?

Giorgia Meloni le jour de son investiture comme cheffe du gouvernement italien à Palazzo Chigi, à Rome, le 23 octobre 2022.© AP Photo/Andrew Medichini, File

La Présidente du conseil italien Giorgia Meloni est à Bruxelles ce 3 novembre. Cette visite est censée rassurer ses partenaires sur l’engagement européen de l’Italie. Mais la dirigeante d’extrême droite n’a jamais caché ses opinions eurosceptiques. Morceaux choisis de ses propos critiques contre l’Union européenne.

C’est un tweet qui résume bien la vision qu’a de l’Europe la toute nouvelle présidente du Conseil. L’intêret de l’Italie doit primer sur tout compromis européen.

« La voix de l’Italie en Europe sera forte : nous sommes prêts à affronter les grands dossiers, en commençant par la crise énergétique, en œuvrant à une solution rapide et efficace afin de soutenir les familles et les entreprises et mettre un terme à la spéculation », écrit la dirigeante italienne ce 3 novembre avant de partir pour Bruxelles.

Pour sa première rencontre avec les dirigeants européens depuis sa prise de fonction, Giorgia Meloni va devoir traiter le dossier brûlant de la crise énergétique. Mais la cheffe du gouvernement italien n’a jamais caché ses opinions anti-Européennes.

Le 8 mars 2014, elle déclarait, à peine élue présidente du parti Fratelli d’Italie au Congrès de Fiuggi : « L’Euro a beaucoup plus besoin de l’Italie que l’Italie de l’Euro. Nous le disons à l’Allemagne qui fait la sourde oreille : l’Italie doit sortir de l’Euro ».

Le 11 novembre 2015, interviewée par la radio italienne sur les sanctions à la Russie, la dirigeante de Fratelli d’Italia clame :  « L’Italie devrait retirer sa signature, les sanctions sont une énorme bêtise pour l’économie italienne et européenne ». Dans la même interview elle ajoute : « Aujourd’hui je choisi Poutine, je crois qu’en politique internationale Obama est le pire président que des États-Unis de l’histoire ».

Le 3 mars 2017 toujours sur sa page Facebook : « Dans l’Union européenne tout va à l’envers de comment ça devrait se passer : plutôt que de combattre l’État islamique on empêche Marine Le Pen de nous racconter les massacres que commet l’EI. C’est criminel et scandaleux et je n’exclue pas de faire une campagne analogue à celle de Mme Le Pen pour raconter les massacres de l’EI. » 

Le 12 septembre 2018 après une rencontre avec l’ambassadeur hongrois à Rome elle déclare : « Fratelli d’Italia est aux côtés du peuple hongrois et de Viktor Orban que l’Europe veut sanctionner car il a le courage de dire non à l’invasion et non à l’islamisation de l’Europe. »

« L’Italie fera entendre sa voix »

Toute ces opinions, rassemblées par le quotidien La Repubblica, elle les exprime sans fard dans un livre d’entretiens, « La grande tempesta. Mussolini, la guerra civile. Putin, il ricatto nucleare. La Nazione di Giorgia Meloni », écrit avec un des journalistes les plus connus de la télévision italienne Bruno Vespa. D’amples extraits de ce livre ont été opportunément diffusés à la presse italienne à la veille de son déplacement à Bruxelles.

Dès son discours de politique générale le 23 octobre 2022, la présidente du Conseil affirme que c’est au sein des institutions européennes « que l’Italie fera entendre sa voix haut et fort, comme il convient à une grande nation fondatrice. »

« L’Italie va respecter les règles » européenne assure Giorgia Meloni mais Rome veut aussi « contribuer à changer celles qui ne fonctionnent pas ».  « Qui s’interroge » sur les défauts de l’UE « n’est pas un ennemi ou un hérétique mais quelqu’un qui veut contribuer à une intégration européenne plus efficace pour affronter les grands défis qui l’attendent » déclare-t-elle à la tribune de la Chambre des députés. 

Quelles sont justement les critiques que la Présidente du Conseil fait à l’Union ?

La pêche

Giorgia Meloni évoque le thème d’une « Europe intrusive sur des petites choses et absente pour les grandes. Ne serait-il pas préférable de laisser aux États le débat sur la taille des palourdes et de s’occuper plutôt au niveau communautaire de l’approvisionnement énergétique ? »

Pourquoi parler de la taille des palourdes ? Ce n’est absolument pas innocent de la part de Meloni d’évoquer une des composantes d’un plat phare de la gastronomie italienne, les « spaghetti alle vongole ». Un règlement européen « pour l’exploitation durable des ressources de pêches en mer Méditerranée » fixe à 25 millimètres la taille minimum de ce coquillage pour qu’il soit pêché. L’Italie a obtenu une dérogation à 22 millimètres plaidant qu’en mer Adriatique ces bivalves sont plus petits. Mais l’Espagne – qui les pêche notamment en Galice – tente de faire annuler cette dérogation par le Parlement européen.

La concurrence

Giorgia Meloni s’oppose également à la directive Bolkestein sur la concurrence et qui vise à ouvrir le marché du travail européen dans le secteur des services. Elle prend pour exemple la législation sur les établissements balnéaires. Pour la péninsule italienne, qui possède plus de 7000 km de côtes sablonneuses, c’est un sujet primordial. « La Commission veut nous contraindre à faire nos appels d’offre en 2023 alors qu’elle a prolongé les concessions d’autres pays. C’est pour moi faire une discrimination anticonstitutionnelle » déclare-t-elle au présentateur vedette de l’émission « Porta a Porta » de la première chaîne nationale Rai 1, Bruno Vespa.

Le centralisation européenne

Giorgia Meloni a toujours estimé que l’intérêt national doit primer sur la culture du compromis et de l’équilibre au sein de l’Union européenne. Ainsi, le quotidien La Repubblica rappelle que le 4 juillet 2021, lors d’une interview pour une radio nationale, alors présidente du parti Fratelli d’Italia, elle affirmait que « pour certains la seule façon d’être européens est d’être fédéralistes. Nous soutenons un modèle différent, dans lequel l’Union européenne s’occupe de choses sérieuses mais ne met pas le nez dans les affaires concernant le quotidien des citoyens. »

C’est ce qu’elle répète au journaliste de la Rai Bruno Vespa en critiquant ce qu’elle appelle le super-État européen qui ne fonctionne pas : « En Europe, la plus grande partie du pouvoir de décision est dans les mains de la Commission. » 

La dirigeante italienne affirme qu’en matière de politique étrangère, l’Europe est inefficace. « Sur la question libyenne nous avons avancé en ordre dispersé et la même chose s’est passée sur la crise ukrainienne » lance Giorgia Meloni.

L’immigration

Mais le thème sur lequel la dirigeante italienne risque de s’achopper fortement avec Bruxelles est celui des migrants. « L’approche stratégique a changé » répond Giorgia Meloni au journaliste Bruno Vespa, « l’immigration, avant d’être un problème de politique intérieure et d’ordre public, est un problème de politique extérieure et de géopolitique. La seule façon de le résoudre est d’instaurer un dialogue entre l’Afrique et l’Europe. […] Je souhaite remettre en place l’opération Sophia, née en 2015, qui prévoyait dans son 3ème volet qui n’a jamais été mis en place, d’extirper à la racine le système du trafic d’êtres humains, ce que nous avons toujours appelé un bloc naval. »

Outre ces thématiques, celle qui désormais dirige la troisième économie de la zone euro devrait mettre l’accent sur l’urgence de mesures européennes pour réduire les prix de l’énergie, un combat déjà amorcé par son prédécesseur Mario Draghi.

Quelles relations avec les dirigeants européens ?

La présidente du Conseil a d’ailleurs annoncé son intention de continuer le plan pour parer à la crise énergétique lancé par Mario Draghi, son prédécesseur, mais en exigeant des solutions « au niveau de l’UE ».

En mai dernier, elle affirmait même être sur la même longueur d’onde que l’ancien président du Conseil italien.

Dans un tweet, elle reprend une déclaration de Mario Draghi : « Cette Union européenne est inadéquate pour affronter les grands défins de notre temps. Nous avons besoin d’une révision profonde des traités et d’une Europe différentes qui s’occupe des grands thèmes : la sécurité, l’immigration, l’énergie, une politique étrangère visionnaire. »

Et elle rajoute : « Quand c’était nous qui le disions, nous nous faisions traiter de dangeureux souverainistes européens. Et tout le monde découvre que nous avions raison, même Draghi. »

Si la cheffe du gouverment italien risque de bien s’entendre avec la présidente du Parlement, la maltaise Roberta Metsola aux positions très conservatrices en matière d’avortement, tout l’oppose à la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

Lors d’un déplacement en septembre dernier aux États-Unis, cette dernière avait provoqué l’ire de Matteo Salvini en déclarant – à propos de la probable victoire Giorgia Meloni – « si les choses vont dans une direction difficile, j’ai parlé de la Hongrie et de la Pologne, nous avons des instruments » pour sanctionner d’éventuelles atteintes aux principes démocratiques de l’UE.
« Nous verrons le résultat des élections, nous venons aussi d’avoir des élections en Suède (remportées par la droite avec l’appui de l’extrême droite n.d.l.r). Mon approche est que quel que soit le gouvernement élu démocratiquement, nous travaillons ensemble », avait ajouté la présidente de la Commission européenne.

LE JV2 AVEC AFP

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