Face à l’inflation, le gouvernement présente un budget amendé pour « protéger »

Le ministre français des Comptes publics Gabriel Attal quitte le palais présidentiel de l'Elysée le 26 octobre 2022 afp.com - Ludovic MARIN

« Aider l’économie à résister », « protéger » et « soutenir » les Français face à l’inflation: tels sont les objectifs revendiqués par le gouvernement qui a présenté mercredi en Conseil des ministres un deuxième projet de budget rectificatif pour 2022, jugé sévèrement par les oppositions.

« Il s’agit toujours d’aider notre pays à faire face à l’augmentation des prix de l’énergie », a insisté le ministre des Comptes publics Gabriel Attal, auditionné en milieu de journée par la commission des Finances de l’Assemblée nationale.

Dans la « filiation directe » du premier projet de loi de finances rectificative, le texte « traduit une volonté de soutenir et protéger dans un contexte où l’inflation reste à un niveau élevé » (6,2% sur un an en octobre selon l’estimation provisoire de l’Insee), a-t-il ajouté.

Pour amortir le choc de la hausse des prix, le gouvernement prévoit donc le versement d’un nouveau chèque énergie pour les plus modestes, d’un montant de 1,5 milliard d’euros, mais aussi le prolongement de la ristourne à la pompe jusqu’au 15 novembre, pour 440 millions d’euros. Il ajoute une enveloppe de 275 millions d’euros pour aider les universités et les organismes de recherche à faire face à la flambée des coûts de l’énergie et une autre de 200 millions d’euros pour les dépenses de carburant du ministère des Armées.

Des aides « ponctuelles et pas à même de faire face à la baisse du pouvoir d’achat », a regretté le président de la Commission des Finances Eric Coquerel (La France insoumise).

– Moins de déficit –

Du côté du Rassemblement national, le député Jean-Philippe Tanguy s’est indigné de l’absence d’aides sur le chauffage au bois et du renoncement du gouvernement à mettre en place un « chèque alimentation », plusieurs fois évoqué mais jamais concrétisé en raison de sa complexité.

Plusieurs commissaires aux Finances se sont aussi insurgés du délai très court entre l’envoi du texte à la commission, dans la soirée de mardi, et l’audition.

Face aux demandes de dépenses supplémentaires, le gouvernement a affiché son souci de maîtriser les comptes publics. L’exécutif anticipe d’ailleurs un déficit ramené à 4,9% du PIB en 2022, contre 5% dans sa précédente estimation.

A la fin du troisième trimestre, les recettes fiscales nettes s’établissent à 227,9 milliards d’euros, en hausse d’environ 17% sur un an (195 milliards d’euros en 2021), selon des données publiées mercredi par Bercy.

L’Etat va aussi récupérer deux milliards d’euros sur les sommes qu’il avait prévues dans le cadre des prêts garantis par l’Etat (PGE) pour faire face à d’éventuels impayés, grâce à de moindres défauts de paiement.

Le gouvernement ne modifie pas en revanche ses autres prévisions macroéconomiques pour 2022, avec une croissance de 2,7% du PIB (produit intérieur brut) et une inflation à 5,4% sans compter les prix du tabac (5,3% en les prenant en compte).

– « Plausibles » –

Des anticipations que le Haut Conseil des Finances publiques (HCFP) juge « crédibles » et « plausibles » malgré des « incertitudes ».

Auditionné mercredi après-midi à l’Assemblée, son président Pierre Moscovici a déploré que le HCFP n’ait pas disposé des chiffres de la croissance du troisième trimestre au moment de rendre son avis.

Selon les données publiées par l’Insee, le PIB a progressé de 0,2% cet été. Compte tenu de cette information, « en l’absence de révision, une croissance de 0,5% serait nécessaire au 4e trimestre pour atteindre 2,7% sur l’ensemble de l’année », a expliqué Pierre Moscovici.

Ce qui fait dire au président du HCFP que « la prévision de croissance du gouvernement demeure atteignable, mais qu’elle est désormais un tout petit peu élevée ».

L’examen du projet de budget rectificatif débutera à l’Assemblée nationale le 7 novembre, puis le 14 au Sénat.

Sa présentation intervient alors qu’une bataille parlementaire est en cours depuis plusieurs jours à l’Assemblée autour du vote du budget 2023 de l’Etat et de la Sécurité sociale.

La Première ministre Elisabeth Borne a déjà dégainé trois fois l’arme constitutionnelle du 49.3, qui permet de faire passer un texte sans vote en engageant la responsabilité du gouvernement. Un quatrième recours au 49.3 pourrait être décidé dans les prochains jours pour faire adopter l’ensemble du projet de loi de finances en première lecture.

LE JV2 AVEC AFP

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