Lula ou Bolsonaro? 156 millions de Brésiliens élisent leur président

Lula va-t-il faire un come-back à 77 ans? Bolsonaro peut-il gagner? Refuser la défaite? Plus de 156 millions de Brésiliens sont appelés à élire dimanche leur président lors d’un scrutin à l’issue incertaine, après une campagne très tendue.

Le Brésil est coupé en deux. Dans ce climat ultra-polarisé les réseaux sociaux ont charrié des torrents de désinformation et les candidats se sont insultés copieusement devant des dizaines de millions de téléspectateurs.

Des Brésiliens souvent pressés « qu’on en finisse » se rendent dans les bureaux de vote ce dimanche à partir de 08H00 (11H00 GMT) dans le pays aux dimensions continentales.

Si les sondages prédisent depuis des mois un 3e mandat de quatre ans à l’ex-chef d’Etat de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), le président sortant d’extrême droite Jair Bolsonaro, 67 ans, peut encore y croire après son score inattendu du 1er tour du 2 octobre: 43% contre 48% à Lula.

Bolsonaro, auquel les sondages avaient donné une douzaine de points de retard, a bénéficié d’une dynamique dans l’entre-deux tours, quand la gauche semblait, elle, un peu sonnée.

Publié samedi soir, l’ultime sondage Datafolha peut donner des raisons supplémentaires d’espérer à Bolsonaro: l’écart se resserre, avec une victoire de Lula à 52%/48%. La marge d’erreur est de +/- 2 points et les enquêtes d’opinion se sont déjà trompées.

« C’est bien plus serré que quiconque l’aurait cru », dit à l’AFP Brian Winter, rédacteur en chef de Americas Quarterly, « ça va être une élection pleine de confusion ».

Bolsonaro acceptera-t-il le résultat dimanche soir si Lula est élu?

C’est la grande interrogation.

Après avoir mis en sourdine ses attaques incessantes contre le système « frauduleux » des urnes électroniques, il a récemment dénoncé des irrégularités présumées dans la diffusion des spots radio de sa campagne. Vendredi, il a affirmé que « celui qui a le plus de voix gagne » — sans convaincre.

« Bolsonaro va remettre en question le résultat », estime Rogerio Dultra dos Santos, de l’Université fédérale de Fluminense.

– « Menteur » –

Beaucoup craignent une réplique brésilienne de l’assaut du Capitole après la défaite de Donald Trump qui pourrait viser par exemple la Cour suprême si souvent vilipendée par Bolsonaro.

L’ex-capitaine peut compter sur « l’appui de ses électeurs les plus radicalisés (…) et provoquer des troubles », selon l’analyste, qui voit mal toutefois les forces armées se lancer dans une aventure golpiste et souligne que les institutions démocratiques sont solides.

Trump, justement, a appelé les Brésiliens à réélire Bolsonaro, « un type super », et surtout pas « Lulu (sic), ce cinglé de la gauche radicale ».

Mais l’ancien métallo au destin hors norme a espéré que Bolsonaro « aura un moment de sagesse » et lui téléphonera s’il gagne « pour reconnaître le résultat ».

La campagne a pourtant été tout sauf « sage ». Bolsonaro a insulté Lula: « voleur », « ex-prisonnier », « alcoolique » ou « honte nationale ». Ce dernier a rendu les coups: « pédophile », « cannibale », « génocidaire » ou « petit dictateur ».

S’accusant mutuellement de mentir, Bolsonaro et, dans une moindre mesure Lula, ont alimenté la machine à désinformation, qui a fonctionné comme jamais au Brésil.

Les réseaux sociaux — unique source d’information de la majorité des 170 millions d’utilisateurs brésiliens — ont véhiculé une masse inédite de fausses informations.

Avec cette sale campagne, les véritables préoccupations de la population ont été négligées: inflation, chômage, pauvreté ou faim, dont souffrent 33 millions de Brésiliens.

– Chasse aux abstentionnistes –

L’enjeu majeur de l’entre-deux tours a été la chasse aux 32 millions d’abstentionnistes du 1er tour (21%). A titre de comparaison, Lula a obtenu six millions de voix d’avance le 2 octobre.

Lula veut protéger la démocratie et rendre « Le Brésil heureux » de nouveau, après deux mandats où il a extrait près de 30 millions de Brésiliens de la pauvreté mais où l’économie était florissante.

Le populiste Bolsonaro veut défendre « le bien contre le mal », la famille, Dieu, la patrie et la liberté individuelle.

Malgré un mandat émaillé de crises graves dont celle du Covid, il conserve un socle de partisans irréductibles et a su imposer sa ligne politique face à une gauche peu audible et à une droite traditionnelle qui a sombré.

S’il est élu, Lula, figure-clé de la politique brésilienne depuis quatre décennies, fera un come-back spectaculaire après avoir connu la disgrâce de la prison (2018-2019) puis l’annulation de ses condamnations pour corruption.

Il est le favori des femmes, des pauvres, des catholiques et du Nord-est rural. Mais les hommes, les classes aisées, les pro-armes, les milieux d’affaires et les évangéliques votent majoritairement Bolsonaro.

Le prochain locataire du Palais du Planalto à Brasilia devra composer avec un Parlement encore plus à droite qu’avant les législatives du 2 octobre: le Parti libéral (PL) de Bolsonaro est représenté en force.

Les bureaux de vote doivent fermer à 17H00 (20H00 GMT) et le résultat être annoncé avant 20H00 (23H00 GMT).

LE JV2 AVEC AFP

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