Pelote basque: Éric Irastorza, légende de la cesta punta, raccroche son gant

Le joueur de cesta punta français Éric Irastorza, lors des Mondiaux de pelote basque, le 23 octobre 2022 à Biarritz afp.com - GAIZKA IROZ

Il avait espéré une autre sortie. La légende de la cesta punta Éric Irastorza, blessé jeudi, a été privé d’une dernière finale chez lui à Biarritz pour ses ultimes championnats du monde de pelote basque, à 46 ans.

« Je préparais ce Mondial depuis un an, alors se blesser comme ça, en demi-finale, c’est dur », concède l’athlète d’1,94 m, son éternelle casquette vissée sur la tête.

Jeudi soir, sur le jai alai de Biarritz, son « mollet a lâché » contre l’Espagne. Son équipier également blessé, un seul remplaçant a été autorisé pour terminer la partie, à un contre deux. Les Espagnols se sont logiquement imposés.

« On m’a dit, pour me rassurer, qu’Usain Bolt (superstar de l’athlétisme, NDLR) aussi avait fini sa carrière sur une blessure. C’est vrai que ça m’a un peu soulagé », sourit le « puntiste » amer.

Le gamin de Bidart, sur la côte basque, a commencé la cesta punta, cette discipline de la pelote basque qui se joue avec un gant d’osier, « avec tous ses copains d’école » à dix ans sur le fronton du village.

Il laisse la trace d’un des « puntistes » les plus doués de sa génération, « voire de tous les temps », selon Pierre Etchalus, avec lequel il a été sacré champion du monde en 2000, à Guernica. Son premier titre mondial en professionnel, auquel s’ajouteront ceux de 2006, 2007 et 2008.

– L’eldorado en Floride –

Éric Irastorza n’a que 16 ans lorsqu’on lui propose son premier contrat professionnel, en Floride, l’eldorado de la cesta punta.

« Trop jeune », disent ses parents. Il finit ses études et rejoint la Floride quatre ans plus tard, en 1999.

« J’avais dit à mes parents que si dans la première année, je n’étais pas dans les cinq meilleurs, je rentrerais », se souvient le Basque, débarqué sans parler un mot d’anglais ou d’espagnol.

Il remporte son premier tournoi au bout de trois mois et restera à Miami pendant 20 ans. La pelote, il « en a bouffé tous les jours », sans « jamais s’en lasser ».

La cesta punta a percé aux Etats-Unis dans les années 1970 et 1980. Les jai alai remplis, accolés à des casinos, et l’argent des paris font alors rêver les jeunes Basques.

« On est devenus des machines à gagner, aux Etats-Unis, la cesta c’était du business à 100% », explique Éric Irastorza, arrivé avec une deuxième vague de joueurs basques.

– Deux hanches en titane –

L’école est dure, mais celui qui a toujours « voulu être le N.1 » n’en aurait pas souhaité d’autre.

Même s’il était dans le Connecticut, « donc à 2.000 kilomètres de la Floride », Laurent Sorozabal, ancien joueur professionnel, se souvient de l’arrivée du jeune prodige aux États-Unis.

« On a vite vu qu’il s’était imposé à Miami comme le meilleur arrière de l’époque. »

Après 19 saisons en Floride, Éric Irastorza a joué trois ans au Mexique, avant de rentrer au Pays basque. « Gabarit hors du commun, vif et souple, rapport puissance/technique inégalé », décrit son ancien partenaire Pierre Etchalus.

« C’est mon coup droit et ma dextérité qui m’ont fait beaucoup gagner », analyse Irastorza, qui a raflé dix Gants d’or de Biarritz, neuf Internationaux de Saint-Jean-de-Luz et a été numéro un des arrières du fronton de Miami de 1999 à 2009.

Le tout sans blessure majeure. Aujourd’hui, le puntiste a deux hanches en titane, fruits d’un sport de rotations et d’appuis usants pour le corps.

La cesta punta, elle, a périclité aux Etats-Unis, concurrencée par les casinos, les machines à sous et autres paris en tout genre. Le dernier jai alai professionnel a fermé l’an dernier en Floride.

Le rêve américain n’existe plus pour les « pilotari » (« joueurs de pelote », en langue basque). Pour le remplacer, Éric Irastorza aimerait créer un circuit international, avec des joueurs professionnels, « qui ferait à nouveau rêver les jeunes ».

LE JV2 AVEC AFP

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