L’Union africaine condamne le coup d’État au Burkina Faso

Au mois de février, les dirigeants de l'Union africaine se sont retrouvés à Addis Abeba en Ethiopie pour la 35e session orinaire de l'organisation.  ASSOCIATED PRESS

Plusieurs grands axes de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, étaient bloqués par des millitaires ce samedi midi. Cela intervient peu après une rafale de tirs entendue dans le centre-ville par plusieurs témoins. 

Ce regain de tension survient au lendemain d’un coup d’Etat au cours duquel des militaires ont démis de ses fonctions de chef de la junte, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, lui-même arrivé au pouvoir par un putsch fin janvier. 

Ce samedi, des militaires ont alors, de nouveau, repris leurs positions pour bloquer les principaux axes de la ville et notamment le quartier de Ouaga 2000 qui abrite la présidence. 

Des hélicoptères survolaient le centre-ville à la mi-journée.

Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), le Tchadien Moussa Faki Mahamat, a condamné samedi « le changement anti constitutionnel de gouvernement » au Burkina Faso.

« Le président appelle les militaires à s’abstenir immédiatement et totalement de tout acte de violence ou de menaces aux populations civiles, aux libertés publiques, aux droits de l’Homme », affirme l’UA dans un bref communiqué. Le président de la Commission de l’UA appelle enfin à « un strict respect des échéances électorales pour un retour à l’ordre constitutionnel au plus tard le 1er juillet 2024 ».

Retour au calme de courte durée

Le calme était pourtant revenu samedi matin dans les rues de la capitale. La circulation reprenait sur les principaux axes, bloqués vendredi par des militaires.

Un important dispositif sécuritaire entourait toutefois toujours la télévision nationale avec plusieurs pickups et blindés et de nombreux militaires à pied ou à moto.

Les commerces et les stations services rouvraient également petit à petit, tout comme certaines boutiques du grand marché de Ouagadougou. 

Et dans les rues, plusieurs habitants accueillaient de manière plutôt positive ce nouveau putsch. « Damiba a échoué. Depuis son arrivée au pouvoir, des zones qui étaient en paix ont été assiégées. Il a pris le pouvoir, puis il nous a trahi », estimait Habibata Rouamba, commerçante et militante de la société civile. « Sur le plan sécuritaire rien ne va, il n’y a pas de résultats. Depuis que Damiba a pris le pouvoir ça ne fait qu’empirer », abonde Honoré Yonli, un responsable d’une organisations de jeunes entrepreneurs.

Mais ces commerçants qui avaient rouvert leurs magasins dans la matinée ont depuis fermé boutique et s’empressent de quitter le centre-ville. 

« Coup de force intra-muros »

Vendredi soir, après une journée émaillée de tirs dans le quartier de la présidence à Ouagadougou, une quinzaine de soldats en treillis et pour certains encagoulés ont pris la parole, peu avant 22h, heure française, sur le plateau de la radiotélévision nationale.

Ils ont démis de ses fonctions le colonel Damiba – dont le sort restait inconnu samedi matin – et annoncé la fermeture des frontières terrestres et aériennes ainsi que la suspension de la Constitution et la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée législative de transition. Un couvre-feu a également été mis en place de 21h à 05h. 

Les militaires invoquent « la dégradation continue de la situation sécuritaire » dans le pays.

Le nouveau chef de la junte, le capitaine Traoré, était jusqu’à présent le chef de corps du Régiment d’artillerie de Kaya, dans le nord du pays, particulièrement touché par les attaques jihadistes. 

« Ce sont les mêmes jeunes officiers qui étaient déjà aux manœuvres lors du premier coup d’Etat en janvier. C’est un coup de force intra-muros. Damiba a été lâché par sa base qui s’est sentie trahie. Les choses devront être recentrées sur la lutte anti-jihadiste », décrypte l’analyste politique Drissa Traoré. 

Respect du calendrier ?

Pour l’heure, les nouveaux putchistes n’ont pas indiqué s’ils comptaient respecter le calendrier de transition sur lequel le Burkina et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) s’étaient accordés. Un retour au pouvoir des civils était prévu pour juillet 2024. 

Vendredi soir, la Cédéao, dont le Burkina est suspendu depuis le putsch de janvier, a « condamné avec la plus grande fermeté la prise de pouvoir par la force qui vient de s’opérer ». 

La présence de drapeaux russes dans une manifestation de plusieurs centaines de personnes vendredi après-midi pour demander le départ de M. Damiba, soulevait aussi des questions sur l’infuence de Moscou dans ce nouveau putsch.

« Il est evident que les partisans russes sont de plus en nombreux. Au sein de l’armée et des populations, des voix s’élèvent pour demander un partenariat avec la Russie. Mais cela reste au stade de la théorie. Il ne faut pas s’attendre à une rupture avec la France mais peut-être une coopération plus accrue avec d’autres partenaires comme la Russie », tempère l’analyste Drissa Traoré. 

Le colonel Damiba était arrivé au pouvoir en janvier par un coup d’Etat qui avait renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, discrédité par la hausse des violences. 

Mais ces derniers mois, des attaques frappant des dizaines de civils et de soldats se sont multipliées dans le nord et l’est, où des villes sont désormais soumises à un blocus des jihadistes, qui font sauter des ponts à la dynamite et attaquent les convois de ravitaillement qui circulent dans la zone.

Depuis 2015, les attaques récurrentes de mouvements armés affiliés aux jihadistes d’Al-Qaïda et du groupe Etat islamique, principalement dans le nord et l’est du pays, ont fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de quelque deux millions de personnes.

Avec les deux putschs au Mali en août 2020 et mai 2021 et celui en Guinée en septembre 2021, c’est le cinquième coup d’Etat en Afrique de l’Ouest depuis 2020.

LE JV2 AVEC AFP

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