« Nous défendrons Dieu, la patrie et la famille » : Giorgia Meloni, favorite des élections en Italie

À 45 ans, Giorgia Meloni est la leader du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, favorite des sondages pour succéder à Mario Draghi lors des élections législatives, dimanche, et devenir ainsi la première femme Première ministre en Italie. Ex-admiratrice de Benito Mussolini, elle deviendrait également la première cheffe de gouvernement d’extrême droite en Italie depuis la chute du « Duce ».

S’il fallait résumer les raisons de la percée politique de Giorgia Meloni ces dernières années en Italie, sans doute faudrait-il insister sur son refus de participer, en 2021, au gouvernement d’union nationale de Mario Draghi. Alors que l’ensemble des partis politiques, y compris la Ligue du Nord de Matteo Salvini, acceptaient la main tendue de l’ancien président de la Banque centrale européenne, Giorgia Meloni choisit alors de faire de son parti, Fratelli d’Italia, le seul parti d’opposition. Un an et demi plus tard, le pari est en passe d’être gagné : profitant du mécontentement des Italiens, elle est donnée favorite pour devenir la future Première ministre.

Là est la grande force de Giorgia Meloni, 45 ans, qui comprend mieux que d’autres lorsque le vent va tourner. Cette campagne électorale l’illustre d’ailleurs parfaitement : la cheffe de file de Fratelli d’Italia s’est appliquée ces derniers mois à adoucir son image, quitte à retourner sa veste sur certaines questions internationales pour rassurer l’électorat de droite bourgeois, tout en veillant, par des saillies dont elle a le secret, à conserver les électeurs d’extrême droite dans son sillage.

Car malgré tous ses efforts, les archives ont la vie dure. Et c’est bien à la droite de la droite que Giorgia Meloni a bâti sa carrière politique. Dès l’âge de 15 ans, en 1992, elle rejoint le Front de la jeunesse du Mouvement social italien (MSI), un parti s’inscrivant dans la lignée du Parti national fasciste de Benito Mussolini. Elle devient ensuite responsable nationale de l’action étudiante de l’Alliance nationale (AN) – parti qui succède en 1994 au MSI – dirigée par Gianfranco Fini. Elle ne cache pas alors son admiration pour l’ancien « Duce ». Face à la caméra d’une équipe de France 3, venue tourner un reportage sur cette jeune militante de l’alliance de droite conduite par Silvio Berlusconi aux élections législatives de 1996, elle affirme : « Moi, je crois que Mussolini, c’était un bon politicien, c’est-à-dire que tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour l’Italie. »

Mais sous la houlette de Gianfranco Fini, l’Alliance nationale se recentre petit à petit et gagne en respectabilité. Giorgia Meloni suit cette ligne et est élue pour la première fois en 1998, à 21 ans, conseillère de la province de Rome. Elle s’impose petit à petit comme une figure de l’AN, prenant la tête en 2004 d’Azione Giovani, le mouvement de jeunesse du parti. Puis elle est élue en 2006, à 29 ans, députée du Latium, et devient dans la foulée la plus jeune vice-présidente de la Chambre des députés.

Ministre de Silvio Berlusconi à 31 ans

À cette époque, Gianfranco Fini la prend sous son aile, lui apprend les ficelles de la politique et lui permet d’entrer au gouvernement de Silvio Berlusconi, en 2008, comme ministre de la Jeunesse. Mais lorsque la crise financière européenne fait tomber le « Cavaliere » en 2011, et alors que l’AN a fusionné avec le parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia, deux ans plus tôt, Giorgia Meloni décide de tourner la page de cette droite trop modérée à son goût. C’est ainsi qu’elle fonde en 2012, avec deux autres anciens membres du dernier gouvernement de Silvio Berlusconi, Ignazio La Russa et Guido Croseto, un nouveau parti : Fratelli d’Italia (Frères d’Italie).

D’emblée, les codes postfascistes sont repris, en particulier la flamme tricolore du parti de Mussolini. Giorgia Meloni prend soin de se tenir à l’écart des gouvernements italiens qui se succèdent dans les années 2010 et consolide patiemment son parti, qui s’installe doucement mais sûrement dans le paysage politique. Elle peaufine son image de femme politique hors du système, prenant notamment position en faveur de Vladimir Poutine lorsque celui-ci envahit la Crimée, applaudissant le Brexit, se prononçant pour une sortie de l’Italie de l’euro, tout en cultivant son identité conservatrice en s’opposant notamment à l’avortement et aux droits LGBT.

Il n’en faut pas plus pour qu’elle soit bientôt repérée par Steve Bannon, l’influent conseiller de Donald Trump, et invitée en 2019 – la même année que la Française Marion Maréchal – à prononcer une allocution au fameux Congrès des conservateurs américains (CPAC) à Washington.

« Je suis Giorgia »

Quelques mois plus tard, devant une foule de militants, en octobre 2019 à Rome, elle déclare : « On parle maintenant de supprimer les mentions ‘père’ et ‘mère’ sur les documents officiels. Parce que la famille est un ennemi, l’identité nationale est un ennemi, l’identité de genre est un ennemi. Pour eux, tout ce qui définit une personne est un ennemi. C’est le jeu de la pensée unique : ils doivent supprimer tout ce que nous sommes, parce que quand nous n’aurons plus d’identité, quand nous n’aurons plus de racines, nous serons privés de conscience et incapables de défendre nos droits. C’est leur jeu. Ils veulent que nous soyons le parent 1, le parent 2, le genre LGBT, les citoyens X, des codes. Mais nous, nous ne sommes pas des codes, nous sommes des personnes et nous défendrons notre identité. Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne, je suis chrétienne. »

Si cette dernière phrase fait l’objet d’une parodie musicale montée par des militants de gauche, Giorgia Meloni saura, là encore, tirer profit du buzz médiatique. Son autobiographie, publiée en 2021, s’intitule ainsi « Io sono Giorgia » (« Je suis Giorgia ») et s’écoule à plus de 150 000 exemplaires. Elle y raconte son ascension, mais aussi sa vie personnelle et notamment son enfance : l’incendie de l’appartement familial qu’elle a provoqué à 3 ans en jouant avec des bougies avec sa sœur, le déménagement de la famille dans le quartier populaire de la Garbatella dans le sud de Rome ou encore la blessure provoquée par le départ de son père, qui abandonna la famille pour s’installer aux îles Canaries.

La montée de sa popularité coïncide avec la perte de vitesse du leader de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, jugé moins crédible après son expérience gouvernementale en 2018-2019. Elle fait de la lutte contre l’immigration et l’islam une priorité : « Nous défendrons Dieu, la patrie et la famille, faites-vous une raison. Nous nous battrons contre l’islamisation de l’Europe, parce que nous n’avons aucune intention de devenir un continent musulman », déclare-t-elle à Rome fin 2019. Et apparaît au bout du compte comme l’opposante numéro un aux gouvernements de Giuseppe Conte et de Mario Draghi, combattant également les mesures sanitaires prises pour lutter contre le Covid-19.

L’approche des élections de 2022 l’incite toutefois à revoir certaines de ses positions. Giorgia Meloni ne veut plus de cette étiquette postfasciste qui lui colle à la peau. « Il n’y a pas de place pour les nostalgiques du fascisme, ni pour le racisme et l’antisémitisme, qui sont à des années-lumière de notre ADN », affirme-t-elle en octobre 2021 dans un entretien à la télévision. De même, elle affirme ne plus vouloir quitter l’euro et se range du côté de l’Otan et de l’Ukraine lorsque la Russie envahit son voisin en 2022. Une stratégie payante à en croire les sondages : Fratelli d’Italia est donné à près de 25 % dans les intentions de vote.

LE JV2 AVEC AFP

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